Pêche à pied

Texte de Jacques Le Meur pour l’Espace des sciences/Maison de la Mer

Gardes-jurés : la réglementation en action

Dans le Morbihan, la pêche à pied est surveillée par deux gardes-jurés, Jean Courseaux et François Le Bihan. Salariés du Comité départemental des pêches, ce sont des personnels assermentés dont la fonction est de vérifier sur place le respect des réglementations par les pêcheurs professionnels et les amateurs. Ils jouent un rôle de conseil et peuvent délivrer des avertissements ou rédiger des procès-verbaux. Leurs constatations sont portées à la direction départementale des Territoires et de la Mer (anciennement Affaires Maritimes) et, s’il le faut, aux tribunaux d’instance. Ils peuvent surveiller à bord d’embarcations légères et ont recours à des jumelles à vision nocturne pour surveiller certaines pêches particulières et traquer le braconnage.

Leur emploi du temps est irrégulier, avec des pics lors de campagnes comme celle de la palourde et des interventions souvent nocturnes. Ils travaillent donc dans un régime d’horaires annualisé.

Les gardes sont aussi aux avant-postes pour observer la cohabitation entre professionnels et amateurs. Ainsi, le 31 août 2012, ils ont dénombré sur la Petite Mer de Gâvres 7 000 pêcheurs amateurs cohabitant avec 3 professionnels ! Il existe ainsi des lieux de tension, mais, sur le reste du département, la situation est plus sereine.

Les gardes jurés : à gauche Jean Courseaux, à droite Francois Le Bihan - Photo Jacques Le Meur

Évaluation des stocks : des campagnes de prospection

Comme toutes les ressources marines, les coquillages côtiers font l’objet de prospections qui visent à constater l’état des stocks et à établir un taux de prélèvement équilibré. La démarche ne vaut que pour les professionnels.

Dans le Morbihan, le Comité départemental des pêches emploie Céline d’Hardivillé, chargée de mission, pour réaliser ces prospections. Elle conduit des campagnes auxquelles sont conviées un représentant de l’Ifremer et au moins un pêcheur. « Nous utilisons une barge ostréicole et une benne qui nous permet de prélever 25 cm de sédiments sur des portions d’un quart de mètre carré. Toutes les palourdes sont pesées et mesurées, puis passent trois tamis successifs, avec des maillages qui se réduisent. Le dernier est à la taille marchande de 35 mm ».

L’analyse permet d’estimer les tonnages qui sont à la taille marchande ou au-delà. « Par exemple, si nous établissons un tonnage de 600 tonnes, le quota annuel attribué aux pêcheurs sera de 300 tonnes. Comme l’on sait comment ils travaillent, nous pouvons fixer un calendrier de pêche et un nombre de jours. Les pêcheurs remplissent des fiches de pêche et les remettent au comité départemental. Ces informations nous apporteront une vision plus précise de l’état du stock et nous permettront ensuite d’ajuster l’effort de pêche en cours de campagne ».

Pour les coques, la prospection s’effectue à pied sur des points définis par l’Ifremer à Étel et à Gâvres. On gratte le sédiment au râteau sur des portions d’un quart de mètre carré. Les coques sont pesées et mesurées. « L’imprécision est plus grande que pour la palourde. Ici aussi, le quota est fixé à la moitié du stock estimé à la taille commerciale de 27 mm ».

Les autres espèces ne bénéficient pas d’un tel suivi. Le comité se contente alors d’une synthèse des fiches de pêches. Si les rendements apparaissent faibles, il reste toujours possible de moduler le déroulement des campagnes, par exemple en limitant le nombre de jours de pêche.

Les prospections effectuées au printemps de 2013 montrent de très fortes mortalités des principaux coquillages en Petite Mer de Gâvres et dans l’estuaire de la Vilaine, ce qui aura un impact négatif sur le niveau d’emploi des pêcheurs.

Céline D'Hardivillé - Photo Jacques Le Meur

Installation : l'exemple d'un couple morbihannais

Alors que le métier décourage des pêcheurs chevronnés, il continue à attirer des candidats. Tel les Kerbart, couple morbihannais qui a décidé de se lancer en duo dans une activité dirigée principalement sur la coque. Martial Kerbart, 47 ans, a franchi le pas il y a un peu plus de deux ans après avoir perdu son emploi au sein d’une entreprise de mareyage. Armelle Kerbart, 32 ans, l’a rejoint un an plus tard, renonçant à un emploi dans le tertiaire. « Nous habitons près de la mer, nous aimons la côte et nous avions envie de travailler ensemble ». Lui, par son ancien métier, connaissait les produits marins. « Pour entrer dans la profession, nous avons dû réaliser un véritable parcours du combattant et obtenir auprès du comité départemental le permis de pêche, les licences et les timbres par espèce et par gisement ». Entrée plus récemment dans le métier, Armelle devra suivre une formation pour obtenir le permis de pêche à pied.

Le couple a aussi dû choisir son statut professionnel. « Comme nous n’avons pas de bateau, nous avons choisi le régime agricole. C’est un statut compliqué pour nous car nous sommes considérés comme entrepreneurs individuels et comme dirigeants non salariés ».

Malgré le climat de crise, les Kerbart ne regrettent pas leur choix. « Ce métier nous apporte la liberté, le contact avec la nature. Nous nous organisons comme nous l’entendons, ce qui nous impose aussi d’être très réactif au plan commercial ».

Golfe du Morbihan : le travail de la palourde

D’origine rémoise, François Le Long, 43 ans, a pratiqué plusieurs métiers avant de choisir la pêche à pied en 1998. Les conditions socio-économiques actuelles le contraignent à exercer à temps partiel un autre métier dans des activités de service.

« Compte tenu du coût des licences et des timbres en regard des rendements sur certaines espèces, je m’en tiens à la seule palourde que je travaille toute l’année : de janvier à mai en rivière d’Auray, de mai à septembre dans le golfe du Morbihan et d’octobre à décembre en rivière de Noyalo ». François Le Long a choisi le régime maritime de l’ENIM, qui en fait donc un marin.

Sur les zones vaseuses, comme à Auray, le travail s’effectue à pied, les palourdes sont ramassées à la main. « La nature du sédiment impose le port de sabots plats en aluminium. On ne peut pas porter de gants épais car ce sont les doigts qui sentent le produit. Et comme nous travaillons penchés, c’est une pêche très physique, comme un sport de haut niveau ». Le pêcheur traine, attachée dans son dos, une planche sur laquelle reposent des paniers.

Dans le golfe, la pêche s’effectue en plongée, dans des amplitudes de 4 heures : 2 heures avant la marée basse et 2 heures après. « Nous portons des combinaisons avec des lests de 20 kg et un tuba dont la longueur maximale est de 110 cm. Nous travaillons collés au fond, totalement sous l’eau. C’est agréable car nous n’avons plus de poids, mais c’est épuisant car l’eau nous prend toute notre énergie ». Après la pêche, les palourdes sont triées sur une grille, les individus trop petits étant semés sur les lieux de pêche.

François Le Long souhaite que la profession lance des programmes scientifiques pour étudier le stock et favoriser le repeuplement. Il existe de fait deux projets allant dans ce sens : pêcher dans la Vilaine des petites palourdes pour les semer dans l’est du Morbihan, procéder à du sablage pour offrir un meilleur support au captage (fixation des larves sur des grains de sable).

François Le Long - Pêcheur de palourdes - Photo Jacques Le Meur

Les huîtres sauvages : la nature au secours des ostréiculteurs

Les pertes que subissent depuis quatre ans les ostréiculteurs du fait des mortalités ont stimulé la pêche des huîtres creuses sauvages. Les tonnages ont commencé à augmenter en 2010 avec 130 tonnes. La production a culminé à un millier de tonnes l’an dernier et se situerait actuellement à un potentiel d’un demi-millier de tonnes. Cette espèce est travaillée par des pêcheurs à pied professionnels. Des ostréiculteurs ont aussi obtenu des droits pour compenser les pertes subies sur leurs parcs. Ainsi, des ostréiculteurs semblent concurrencer des pêcheurs à pied. Mais, consentis de manière dérogatoire et ponctuellement, les droits des ostréiculteurs ne sont pas absolus.

Ces huîtres fixées sur les rochers ou roulant au sol peuvent apporter un complément d’activité aux pêcheurs professionnels. Cependant, les gisements ne sont pas infinis et toutes les huîtres sauvages ne se prêtent pas à une commercialisation. Les huîtres qui sont informes, acceptables pour la consommation familiale, ne conviennent pas à l’ostréiculture, seul débouché de cette pêche. La reproduction naturelle devient de plus en plus aléatoire comme le montre la faible proportion de jeunes huîtres sur les rochers.
Cette huître creuse est la souche japonaise Ostrea gigas présente en Bretagne depuis la fin des années 70. Arrivée par les élevages, elle a trouvé des conditions naturelles favorables à sa reproduction et à son développement, jusqu’à devenir indigène.

 

Tailles règlementaires – Pêche de loisir

  • Ourson : 5,5 cm (hors piquants).
  • Coque : 3 cm
  • Huître creuse : 5 cm
  • Huître plate : 6 cm
  • Toutes huîtres interdites du 1er mai au 31 août
  • Moule : 4 cm
  • Ormeau : 9 cm
  • Couteau : 10 cm
  • Palourde : 4 cm
  • Paire : 4,3 cm
  • Telline : 2,5 cm

Tailles règlementaires – Pêche professionnelle

  • Deux différences pour les tailles : 2,7 cm pour la coque (3 cm à La Baule et en baie de Somme) et 3,5 cm pour la palourde japonaise (4 cm pour la palourde européenne).
Huitres Creuses sauvages - Photo Jacques Le Meur
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